Ce soir, je suis un peu désolée, moi qui voulais vous faire un joli papier bien enflammé sur la révélation, ma révélation, de cette première
soirée baltardienne; révélation qui ne pouvait pas ne pas être, eu égard aux précédentes années et successifs coups de coeur survenus très tôt, souvent dès les phases de casting, pour une Amel
Bent, un Steve Estatof et plus encore un Julien Doré.
Serait-ce la contre-performance du chouchou Sinclair en mal de bons mots dans une émission où l'exhibition du Jury le dispute à celle des jugés ?
Serait-ce le suremballement tout court dudit jury pour des candidats eux-mêmes en surjeu, pour la plupart d'entre eux ?
Serait-ce le nouveau décor duquel les musiciens ont quasiment disparu, relégués côté jardin, un pied dans les coulisses, ce nouvel habillage d'un Baltard quelque peu staraquisé, avec ses fosses à
midinettes hystériques balayées de spots par trop criards ?
Serait-ce le nouveau découpage outrageusement à bout de souffle d'une émission désormais bien rôdée qui ne souffre plus les silences, les longueurs et les transitions hasardeuses ?
Ou alors, merde, est-ce moi qui suis blasée, rassasiée, désabusée pour ne pas dire vieillissante... tant le rajeunissement des candidats est une fonction inverse de l'amateurisme et de
l'humilité, dans une équation qui ne laisse plus beaucoup de place aux inconnues ?
Ou bien serait-ce la faute à Julien Doré, lequel aurait repoussé les limites du genre en inventant l'art, certes sans limite lui, du détournement de tubes pourris en joyaux de Rock'n Roll, aidé
qu'il fut par les palliers successivement franchis par Steve Estatoff, décomplexant le style grunge et ultra scénique, puis Christophe Willem, revisitant vocalement la bonne grosse variété
internationale ?
Bon alors, vous allez me dire, rien de rien, vraiment rien ?
Peu de plaisir il est vrai, pas mal d'agacement face à l'ensemble de ces prestations aussi prévisibles qu'artificielles.
Je vous vois venir, n'attendez pas de moi que je dise du bien d'Amandine, aussi parfaits soient l'organe et la technique, je ne sens rien en elle d'une bad girl, ancéphalogramme plat doublé d'un
prénom à haute teneur glucidique; y'a comme un grand écart impossible, imaginez un album de folk avec une voix de black, signé Amandine ! Vous me direz, et Anastacia ? Ouais... Bref, ça coince
aux entournures.
Pour solde de tout compte, et compte-tenu justement des atermoiements douloureux dont je viens de vous faire part, vous ne serez donc pas
étonnés que les vents de la raison me portent vers, allez soyons magnanimes, et patients surtout, trois candidats (oui quand même) :
Jules, dont je ne suis pas persuadée comme certains qu'il se limite à singer mon Julien tant il excèle musicalement; à mon avis, le plus génial
d'entre tous, antipathique à souhait, oui mais au moins ça le distingue du lot bien trop propret à mon goût.
Cédric, à double face, une particularité à fort potentiel sur le plan de l'interprétation qui ne manquera pas d'exploiter je l'espère vu son
âge avancé pour ce type d'exerce cathodique; excellent musicien de surcroît, nos oreilles peuvent s'ouvrir tranquille, pas de couacs en vue, moi ça me rassure...
Et enfin Benjamin, un peu pétrifié hier soir, le timbre légèrement voilé, mais recélant lui aussi des trésors d'inventivité et de musicalité,
c'est indéniable sur cette prestation-là et encore plus quand on découvre cette vidéo
surréaliste mais ô combien vibrante. Soufflée je suis !
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